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Petite contribution à une définition opératoire du concept d’information

- 6/10/2007
Mis à jour le : 7/10/2007

Dès lors qu’on cherche à définir le terme d’information on se heurte à une pléthore de définitions de toutes provenances et reflétant souvent le point de vue disciplinaire qui l’envisage. En tant qu’enseignant nous avons besoin de définir l’objet de notre pratique même si ce n’est pas pour l’enseigner en tant que tel. Or nous pouvons difficilement nous satisfaire de propositions définitionnelles complexes peu attentives à nos usages.

Il nous revient aujourd’hui de renouveler une réflexion professionnelle autour de concepts info-documentaires empruntés à d’autres contextes. Ces concepts prendront de la valeur pour nous dés qu’ils pourront s’intégrer harmonieusement au corpus des gestes experts que nous souhaitons transmettre aux élèves en matière de connaissance et maîtrise de l’information-documentation.
Mon objet ici sera donc ici de parcourir le champ délimité par les tentatives de définition pour tenter de proposer à mon tour un environnement lexical qui soit proprement opératoire notamment dans le cadre de la didactique en information-documentation. Je postule donc a priori qu’une telle proposition est possible (ce qui est téméraire, je le concède).

Les définitions
La première acception est commune : peut être qualifiée d’information « toute donnée porteuse de sens ».
«  Toute donnée porteuse de sens, pour tout un chacun sera qualifiée d’information. Ainsi, un article de journal présentant des événements d’actualité sera-t-il considéré comme une information, ou, si l’on préfère, un morceau de ce qu’on appellera globalement, l’information. »
http://www.les-infostrateges.com/article/031264/definition-objective-de-l-information

L’information est comprise ici comme une virtualité (de sens et d’usage), existant en soi, identifiable comme une petite portion de réalité (isolable et discrète - comme disent les linguistes).
C’est oublier que l’information est toujours saisie par une intelligence qui l’informe (l’inscrit dans une nouvelle forme) et lui donne son sens particulier - et cela quel que soit le degré d’expertise de celui qui perçoit. Selon ce point de vue l’information n’est pas initialement porteuse de sens ou plutôt est porteuse d’un sens virtuel qui demande à prendre corps au sein d’un contexte de lecture original et associé à une histoire du sujet.
«  (…) tout peut être information, mais (…) c’est uniquement le regard porté sur un objet qui le rend porteur d’information. Cette conception est éminemment subjective, puisque ce n’est plus l’objet en lui-même (l’article de journal visé dans la définition objective) qui est porteur, en tant qu’objet, d’information, mais c’est le regard qui est créateur d’information, ou plutôt de sens. »
http://www.les-infostrateges.com/article/031265/definition-subjective-de-l-information

Pour continuer avec l’exemple d’un article : un énoncé n’a, à proprement parler pas de sens tant que je ne lui ai pas appliqué mon axe de lecture. C’est ce geste qui fonde l’avènement du sens, l’épiphanie d’une signification.

Une tentative de synthèse
La question que voudrait poser cet article est la suivante : faut-il rejeter la définition objective en négligeant dédaigneusement le fait qu’elle est très largement usuelle ? ou bien faut-il tenter d’opérer une synthèse entre les deux termes pour éviter de construire deux unités indépendantes qui n’ont pas de réelles applications ?
De nombreuses définitions tentent de réaliser cette synthèse (Le Coadic, Lamizet-Silem, Adbs, etc.). Les définitions deviennent alors très élaborées. Dans ces cas l’abstraction ad libitum des termes peut s’avérer aussi infranchissable qu’un obstacle épistémologique. 

Il est néanmoins possible d’isoler des invariants parmi toutes ces définitions :

- il existe bien un objet, en l’occurrence un état de connaissance informé, inscrit et destiné à être transmis ;

- il convient d’envisager cet état de connaissance sous l’angle de la production du sens ;

- l’ensemble est processuel et s’articule autour d’une situation de communication.

L’erreur commune consiste à négliger le dernier des trois items pour se focaliser sur les contenus informatifs. Or il s’avère essentiel d’inscrire la définition du terme dans la perspective de la communication ou de l’échange. Pascal Duplessis et Ivana Ballarini-Santonocito dans leur « Petit dictionnaire des concepts info-documentaires » nous alertent sur cette nécessité.
http://savoirscdi.cndp.fr/culturepro/actualisation/Duplessis/dicoduplessis.htm

Pascal Duplessis et Ivana Ballarini-Santonocito
Pour ne pas oublier ou négliger la communication, leur définition de l’information évalue la portée heuristique de la schématisation de Shannon et Weaver dès lors qu’on lui adjoint une valeur sémantique.
«  Le recours à la théorie de la communication de Shannon et Weaver (1949), à condition de restituer au concept d’information sa valeur sémantique, peut s’avérer pertinent pour tenter de comprendre ce qui se passe au niveau du repérage de l’information par le sujet et plus encore, pour réinterroger les rapports existants entre source, signal et message. Ceux-ci, transposés dans une théorie didactique de l’information, deviendraient des rapports entre connaissance, information et donnée. »
Rappelons que le modèle de Shannon et Weaver est un schéma linéaire qui répartit sur un même vecteur un émetteur (codage) qui envoie un message à un récepteur (décodage).

Je voudrais montrer que la tentation d’intégrer à ce schéma une « valeur sémantique  » est délicat dans ce contexte. Le modèle de Shannon est mécaniste. Il prétend décrire des procédures de transmission et de traitement de l’information de manière absolue, hors du temps et de l’histoire. L’élaboration du sens (la valeur sémantique associée à l’information) transcende la linéarité du modèle de Shannon et ne saurait s’intégrer harmonieusement à un tel modèle. L’acte intelligent de «  signification » n’est réductible à aucun des termes posés par Shannon et Weaver. Poser une situation de communication revient à envisager une quantité importante de variables qu’il est impossible de placer sur un vecteur linéaire. Comment schématiser le besoin d’information ? Comment rendre le degré d’expertise de l’informé  ? Comment modéliser des facteurs sociaux « flous » qui participent pourtant à l’élaboration du sens  ?
En l’occurrence (et si l’on tient à conserver une modélisation de type graphique) il faudrait peut être analyser le modèle de Gerbner[1], plus complexe et beaucoup moins linéaire car il accorde une large place à la communication interindividuelle. Mais ce n’est pas ici que je me risquerais à un tel examen.

Une synthèse impossible ?
Il n’en reste pas moins que si l’on souhaite réellement rendre compte de la dimension sémantique du concept d’information on ne peut pas faire en effet l’économie d’articuler l’ensemble autour d’une situation de communication. Et de ce point de vue la définition de Duplessis/Ballarini-Santonocito est remarquable. Mais il convient également de ne pas réduire une relation (communication) à un ensemble de propriétés (un état, un acte, une visée intentionnelle). En un mot il faut réintroduire de l’humain dans le système. En effet la communication suppose un échange, une co-présence, un tissu d’intentions signifiantes (de part et d’autre des instances qui communiquent) et c’est cette rencontre qui produit des effets de sens.

Est-il dès lors possible de modéliser un tel ensemble sans verser dans le réductionnisme ?
Pourquoi chercher à imaginer un modèle unitaire (source de confusion on l’a vu) alors qu’il peut être possible de conserver en parallèle un modèle mécaniste/utilitariste de l’information et un modèle sémantique/herméneutique  ? Les deux modèles pourraient alors servir de grille d’analyse selon les contextes d’interprétation du concept.

Deux modèles parallèles
Pour l’information décrite comme une propriété gardons la définition usuelle :
Élément de connaissance susceptible d’être représenté à l’aide de convention pour être conservé, traité ou communiqué.
Pour l’information conçue comme processus signifiant on préférera sans doute celle-ci :
L’information c’est le processus signifiant qui associe au sein d’un même message le producteur d’information et celui qui l’interprète.
Il s’agit bien d’une « association  » au sens fort, de type contractuel , entre une intention signifiante (producteur) et un projet de signification (lecteur/créateur de sens).

« Didactisons… »
La formulation particulière des définitions est finalement secondaire. Il importe surtout de voir comment nos deux grilles définitionnelles s’appliquent. La question est de savoir si cette polarité permet une répartition fonctionnelle des concepts info-documentaires.

1- Première définition : Élément de connaissance susceptible d’être représenté à l’aide de convention pour être conservé, traité ou communiqué.
Cette acception usuelle du terme information dessine un premier ensemble de concepts liés aux couples : source/production et information/réception.
Ce point de vue mécaniste nous autorise un premier filtre d’analyse de l’information qui pourrait ressembler à celui proposé par Lasswell[2] : Qui dit quoi ? À qui ? par quel canal et avec quels effets  ?
On rangera ici les notions relatives à l’éducation aux médias, supports et documents, validation des sources d’information, auctorialité, etc.
Ce premier ensemble nous alerte sur le fait, qu’avec les élèves, il apparaît essentiel de rendre explicite une situation de communication particulière avant de se focaliser sur l’examen de contenus informatifs. Avec ce premier geste l’élève quitte progressivement le statut de novice (ou usager standard) pour entamer une (lente) expertise dans le champ des savoirs de l’information.

2- Deuxième définition : Processus signifiant qui associe au sein d’un même message le producteur d’information et celui qui l’interprète.
Cette seconde définition, plus orientée vers une herméneutique, actualise la présence du couple : interprétation/traitement de l’information.
Il faudrait imaginer ici une autre grille de questionnement : Qu’est-ce que j’ai besoin de lire ? Qu’est-ce que je m’attends à lire ? La lecture répond-elle à mon attente ? Comment y répond-elle ? Pourquoi n’y répond-elle pas ? (Pourquoi y répond-elle ?), etc. Il me semble que les questions entrevues ici renvoient toutes (à des degrés divers) à un acte de problématisation de la lecture.
« Problématiser » c’est reconnaître et assumer un parti-pris de lecture : mon besoin d’information se manifeste par l’application sur cet énoncé (s’il s’agit d’un texte) de mon axe de lecture. La conséquence de cet acte en sera la production d’un sens pour moi à partir d’une information initialement produite pour autrui. Les notions qui gravitent autour de l’acte de problématisation sont nombreuses et souvent complexes : besoin d’information, horizon d’attente, pertinence, fiabilité de l’information, etc.

Conclusion
L’articulation ou plutôt le va-et-vient entre ces deux ensembles définitionnels contribuerait peut-être à amener les élèves à cette prise de conscience  : il convient d’adopter, selon les contextes, un traitement novice de l’information (standard) ou un traitement expert (« turbulent », selon la jolie formule de Jean-Pierre Astolfi[3]).





[1] Georges Gerbner fut un théoricien des médias et de la communication de masse. Son modèle date de 1956.

[2] Harold Dwight Lasswell, politologue et psychiatre américain, a tenté de modéliser la communication de masse. Il a repris et adapté le questionnaire de Quintilien.

[3] ASTOLFI, Jean-Pierre. Quel est le savoir de l’information. Actes du séminaire national
"De l’information à la connaissance".
Disponible à l’adresse : http://eduscol.education.fr/D0217/actes_information_connaissance.htm


Frédéric Rabat, professeur documentaliste




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Forum

  • Pour compléter un travail de définition de l’information
    13 octobre 2007, par PINTE JP

    La thèse de Jean-Paul Pinte soutenue le 18 décembre 2006 en Sciences de l’information et de la communication sur le thème du rôle de la culture informationnelle dans la création et la gestion des connaissanncee en éducation au XXI° siècle aborde de manière appofondie dans sa deuxième partie une comparaison entre la donnée, l’information, le savoir et la connaissance.

    Le blog de la culture et de la veille informationnelle en éducation
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derniere mise a jour : mardi 9 février 2010

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